Orgasme masculin et bisous dans les bois

MensLe fantasme est surement nécessaire, notamment pour nourrir notre désir, un moteur pour continuer d’avancer. Et vu que nous sommes un peu en rade de guides spirituels il faut bien mettre du sens quelque part. Alors je ne vais pas jeter la pierre à tous ceux qui fantasment les relations hommes-femmes; femmes-femmes, et hommes-hommes. D’ailleurs notons l’usage du pluriel pour montrer comme les combinaisons sont nombreuses. Pour ma part, le sens, je le mets justement à combattre les clichés. L’enjeu n’est pas de dire qu’ils ne sont pas nécessaires ou moteurs, car pour vivre en société nous avons besoin de savoir comment nous adresser à l’autre. C’est ce qui fait que je ne vais pas m’adresser de la même façon à mon médecin et à mon petit ami ou encore à mon banquier. Sauf dans le cas où l’un ou l’autre serait l’élu de mon coeur, mais c’est une autre question. Si les stéréotypes, que j’associe aux clichés, vous m’excuserez pour le manque de rigueur scientifique mais on est pas dans les annales de sociologies, sont absolument nécessaires pour vivre en société, ils ont un impact sur nos relations qui peuvent nous jouer des tours.

Ces prémisses, je les écris en pensant à ce petit livre qui vient de sortir et qui se veut un manuel du plaisir féminin, ce continent inconnu, eldorado de la jouissance sans limite. Je n’ai moi-même pas lu l’ouvrage, mais je fais confiance aux citations de la grande Agnes Giard dans son blog les 400 culs. Je suis attristée de voir qu’il est communément admis, à tel point ancré dans notre conscience collective qu’une maison d’édition féministe publie ce type d’ouvrage, que le plaisir chez les femmes c’est très compliqué et que chez les hommes c’est super méga simple. La plus belle métaphore de ce cliché est ce mème qui circule sur les internets. différencesL’idée est claire, pour qu’un homme éprouve du plaisir il suffit de stimuler un bouton ON/OFF, en revanche chez les femmes il faut un bac + 5 en ingénierie du corps féminin pour espérer faire danser la belle. En fait, je ne compte plus le nombre de fois ou j’ai jouis en laissant en plan mon partenaire. Pas plus tard qu’il y a deux jours, avec ce mec que je ne connaissais pourtant pas parfaitement bien, de qui je ne suis pas amoureuse, et qui n’est pas non plus un héro de la baise. C’était chouette, et il s’est laissé faire, voilà tout.  Cela arrive très souvent, pour la bonne raison, que je connais mon corps, et que je sais de quelle façon avoir une orgasme. C’est tellement facile, qu’un objet vibrant peut m’y mener. A l’opposé, il arrive qu’un homme ne puisse pas bander, ne puisse pas éjaculer, ou éjacule sans avoir d’orgasme. Et cela, alors même qu’il sait comment se faire venir en quelques minutes à la force de son poignet.

J’ai l’habitude de combattre pour l’idée que les filles peuvent avoir une sexualité masculine, mais cette fois, mon combat que l’on pourra nommer féministe, peu importe le terme, se porte sur la complexité du désir et de la jouissance masculine. Et oui, pour les hommes aussi c’est compliqué, et les réactions mécaniques à des stimulis ne font pas tout.

Dans cette aventure vengeresse de la sensibilité  de ceux que j’aime et que je désire un peu trop ardemment à mon gout, j’ai de beaux alliés, et cela me fait du bien. Tout d’abord, il y a ces garçons qui se mettent à nu sur leur blog. Même si, tout comme moi, leur pudeur les oblige à taire leur véritable identité. Je pense à cet article de Saint-Sernin, ayant pour conclusion « En tant qu’homme, personne ne nous encourage à découvrir notre corps de manière sensuelle, quand les filles n’entendent que ce style de conseil. La branlette pure et dure est une alternative parmi d’autres. »  Ou encore le vaillant Alexandre de Queue du Bonheur qui parle sans complaisance, ou presque, de la difficulté qu’il peut parfois avoir à éjaculer. Bon ces hommes ne sont pas des dieux, la preuve, Alexandre énonce sans gêne que  » Surtout que vous, vous pouvez recommencer à grimper dans les octaves sans faire une pause technique. » Heu non, c’est pas si simple, c’est possible mais pas automatique. Selon la personne, le moment et un tas d’autre truc, quand j’ai joui,  j’ai souvent envie de faire une sieste !

Heureusement, il n’y a pas que les blogs dans la vie, il y a aussi le cinéma ! Et hier soir, claque monumentale devant l’Inconnu du lac. Puisque je ne suis pas critique ciné, je préfère vous conseiller ce très sensible article sur Chronicart. Mais sachez que dans ce film, il n’y a que des hommes, qu’ils sont souvent nus, qu’ils se donnent du plaisir et que rien n’est caché. Les spécialistes appellent ça du « sex non simulé« . Si ce film est réussi en bien des aspects, je trouve surtout que c’est un formidable éloge de l’amour, quel que soit son genre. Il montre aussi l’éventail de la rencontre entre deux sexes, de la jouissance dans une bouche, toute mécanique, au désir incontrôlable de la passion. Moi qui avait du mal à regarder les scènes de cul dans les derniers épisodes de Games Of Throne, j’ai mouillé ma culotte et versé deux larmes devant ce chef d’oeuvre. Outre l’aspect sexualité-amour, il y a aussi ce corps masculin, mis à nu, avec des dialogues qui donnent à voir en premier plan un membre à l’air, « décontracté du gland, à la fraiche« . Parce que l’enjeu est aussi de ne pas faire du corps de l’homme une machine à jouir.

C’est peut-être cela l’avenir de la pornographie.

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