Je suis de nulle part

ella

Regarder par la petite fenêtre, et les voir ensemble dans cette petite fenêtre heureux, en train de préparer leur futur, celui dont je ne ferais pas parti car je serai loin.

Il y a cette réalité qui se répète. Cette petite fenêtre dans laquelle je vois les autres, en train de préparer le futur.

Je ne suis de nulle part.

C’est pour cette raison que je suis faite pour ça, pour aller voir, m’imprégner, puis raconter. Journaliste, reporter, écrivain, quel que soit le nom que je me donne. Ce nom variera en fonction de la personne à qui je m’adresse.

Peu importe le nom, car il est circonstanciel, je le construis en chaque instant.

Faute de vivre ce moment d’intimité avec un algérien, je vais le raconter. Car j’ai eu deux mois pour le faire exister.

Deux mois pour penser, ressentir au plus profond de mon corps ce qu’il se passe, ce que je ressens.

Mais d’abord, j’ai envie de parler de l’Emir Abd El Kader. Cet homme que personne n’a réussi à s’approprier. D’abord, je veux parler de cette rencontre. Cette rencontre avec l’homme, avec l’Emir. Celui qui est un exemple pour tous les jeunes algériens qui se renseignent sur l’histoire de leur pays et qui ne désirent pas seulement se laisser dicter ce qu’ils doivent penser, qui ils doivent admirer et prendre en exemple.

Pourquoi cet exemple, pourquoi cet Emir ? Est-ce que je ne devrais pas plutôt parler de l’amant ? L’amant qui est apparu au sein de cette résidence. Cet amant, il venait d’Algérie, et les premiers jours personne n’aurait misé sur lui. Cet amant, il avait un chibre impressionnant, impensable en voyant sa physionomie. Cet amant, il racontait des histoires, de son quotidien dans sa petite ville d’Algérie, des histoires qu’il aurait aimé écrire dans des livres. Mais son égo était comme son chibre, en décalé avec son discours. Il avait besoin toujours d’être rassuré, et son rapport à l’autre, toujours influencé par son désir d’entendre comme il est aimable. Oui, nous t’aimons. Parce qu’il faut te le dire, tu as besoin de l’entendre. Alors peut-être que nous n’avons plus envie de te le dire. Mais après toute la peine que tu t’es donné pour cela, nous pouvons te donner en mot notre amour.

Parce que les mots comptent plus que tout. C’est pour cela que tu en prononces beaucoup, tu espères casser leur force. Mais tu n’y arrives pas.

Et lorsque dans le creux de mon oreille tu me susurres des mots, ton sexe dans mon sexe, tu redonnes toute la force aux mots. Et, enfin, tu n’en prononces pas trop. Enfin, tu es ce que tu serais si tu n’avais pas eu à cacher ce que tu es.

C’est une découverte, probablement pour nous deux. Mais toi, le garçon qui parlait trop, tu sais des choses sur mon corps qui me rappellent. Des choses qui me rappellent l’essence des choses qu’un ange m’a soufflé d’oublier au moment de ma naissance. Tu sais des choses que ton égo ne m’aurait pas laissé imaginer.

Alors, nous voilà, chacun sur notre rive, et j’ai envie de parler de toi. J’ai envie de raconter au monde que tu existes quand ton sexe est dans mon sexe. Mais aussi lorsque nous nous regardons, et que tu me racontes les histoires de ta ville, je comprend si bien parce que nous partageons ce souvenir de ton sexe dans mon sexe, de ces mots que tu susurres au coin de mon oreille. Et j’aimerais que tous les hommes se souviennent de ce moment.

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