Tous les mecs que j’ai adoptés

Je crois qu’il est dangereux de passer un weekend à se reposer chez soi, sans sortir, sans voir personne. On regarde des séries à n’en plus finir, on fume des clopes roulées alors qu’on avait presque arrêté. On continue à en fumer même après avoir compris que ce tabac piqué à un pote devait contenir des résidus de THC vu l’odeur qui s’en dégage.

Nous sommes dimanche soir, il est 21h26 : je n’ai pas rangé mon appartement comme je me l’étais promis et je n’ai envie de rien. J’ai du trop dormir ou quelque chose du genre. J’ai beaucoup pensé à Bukowski, j’ai beaucoup pensé aux rapports hommes/femmes, j’ai même compris certains trucs à force de me balader de blogs en blogs. Par contre, je n’ai pas ouvert un seul bouquin, ce qui est assez étrange. Il y a des périodes parfois où je n’arrive pas à lire, je sens que ma tête à besoin de tourner à vide. C’est le cas cette semaine.

Mais voilà, je sens que je suis en manque de rapports humains, d’échanges, et un sentiment de solitude m’envahit. L’idée de me connecter sur adopteunmec me traverse même l’esprit. J’y ai un compte laissé à l’abandon depuis des mois. C’était la deuxième fois que je m’ouvrais un compte. J’en discutais y’a pas longtemps avec une copine de copine qui s’apprêtait à avoir son premier rendez-vous adopte. Je lui disais que cela avait très bien fonctionné pour moi, mais que j’avais décidé de ne plus l’utiliser.
La première fois que je m’y suis inscrite, j’étais triste et j’avais mal à l’égo. Je venais de larguer un petit mec mignon parce que je n’avais pas confiance en lui et que j’avais l’impression qu’il ne la jouait pas franc-jeu. Alors j’ai créé mon profil et j’ai profité de la gratuité permise à mon sexe.

J’ai commencé à échanger et très vite, j’ai été étonnée des personnes rencontrées, comme ça pouvait matcher de la mort. Finalement, je n’ai pas hésité à passer le pas, à donner un rendez-vous. Le premier mec rencontré, était un trentenaire sain de corps et d’esprit qui jouait au poker et au baby-foot en compétition. Il voguait dans la nuit et la hype parisienne sans boire une goutte d’alcool. Je suis toujours assez impressionnée par les gens qui sont capables de faire partie du milieu de la fête tout en ne connaissant pas l’ivresse. Nous avons bu des coups avec ses amis qui faisaient tous plein de trucs passionnants et je suis rentrée chez moi. Nous avons passé plusieurs semaines à tchater sur Skype, à s’échanger de longs mails et à boire des cafés. Il ne s’est jamais rien passé entre nous. Nous sommes devenus potes voilà tout. Il m’a même offert des photos qu’il a prise et qui sont encore affichées sur le mur de mon petit studio. De temps en temps, il nous arrive de nous croiser, ou d’échanger un peu via les réseaux sociaux, en nous promettant de nous voir comme cela se passe souvent avec les vieux potes qui sont sortis de notre quotidien.

A ce moment je devais échanger avec trois ou quatre garçons en même temps, lorsqu’ils me posaient la question de savoir ce que j’attendais, je répondais inlassablement, que je ne savais pas, que je voulais surtout me dire que tout était possible. Que non, je n’étais pas capable de baiser pour baiser, que le cul était toujours pour moi un échange plus complet qu’un rapport purement physique. J’ai aussi vécu une petite idylle de quelques semaines avec un ingé son qui vivait dans une jolie maison en banlieue parisienne. Cela s’est terminé car je le trouvais un peu freaky, j’ai du mal à trouver les mots, mais il y avait quelque chose que je ne sentais pas en lui, qui me faisait presque peur.

Finalement, je me suis désinscrite le jour ou j’ai rencontré M. C’était si évident que je ne voyait plus l’intérêt d’être sur un site pareil. Avec lui tout collait… et nous l’avons senti très rapidement. Il y avait alors trois garçons avec qui j’échangeais en dehors du site. Je les ai gardé dans ma vie, comme si je les avait rencontré autrement.
Finalement, c’est ça qui ressort quand je pense à mon expérience de ce site, comme une fois sortis du site, c’est la vie, la vraie, et on oublie comment on s’est rencontré. Je dirais même que ce n’est pas pire qu’une rencontre dans un bar. Avec Adopte au moins on se souvient des discussions, on prend un peu le temps avant de se rapprocher physiquement, les choses sont peut-être même bien plus claires.

C’est aussi cela qui m’a fait fuir ce site, cette idée que l’on va rencontrer quelqu’un qui correspond à nos gouts et ça on le sait presque directement : tu écoutes tel rappeur des années 1990, tel label chelou, tu as lu tout Kundera, on pourrait presque noter toutes les caractéristiques. Je me suis dit que ces points communs, j’avais bien plus envie de les découvrir au détour d’une conversation, laisser le hasard faire les choses, pour remettre un peu de magie dans tout ça.

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