Casey, la femme la plus virile que je connaisse

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Hier soir, je suis tombée amoureuse. Si je suis une éternelle romantique au coeur d’artichaut, vieillissant, les affres des relations amoureuses m’ont quelque peu soigné. Alors tomber amoureuse prend de plus en plus de sens.

Et hier, soir, ce fut une révélation. L’événement était totalement improvisé, je voulais voir Monsieur Glitch, mon comparse de folie et de désespoir. Il me propose de le retrouver à Ménilmontant, car il devait se rendre à la Maroquinerie pour voir Casey en concert. Monsieur Glitch n’est pas à proprement parlé un fan de Hip-Hop, mais il avait offert une place à Bukowsky pour son anniversaire. Nous avons commencé par boire un grog, car c’est une bonne boisson pour débuter une soirée. A l’arrivée de Bukowsky nous apprîmes qu’il ne restait plus de place à la vente, le concert était complet. Je n’ai jamais beaucoup écouté Casey, mais j’avais à son égard un préjugé positif ayant une confiance presque aveugle en les gouts de Bukowsky. Oui, de lui aussi, je suis un petit peu amoureuse.

Je n’avais pas de place, mais je savais que je devais y aller, qu’il fallait que je découvre cette salle de concert mytique, et surtout que je comprenne le phénomène Casey. Nous avons passé une bonne demi-heure devant l’entrée de ce bâtiment à l’histoire ouvrière. Nous étions tous les deux, Bukowski et moi, à tenter de déjouer les faux vendeurs de place. Ils n’étaient pas nombreux, et je commençais à perdre espoir. Mais parfois passer par les voies légales peut-être fructueux. Un pastis plus tard, je me retrouve avec une invitation en poche prête à descendre dans la fosse. Cette expression prend toute sa valeur avec la Maroquinerie. Après les quelques escaliers, je suis arrivée au milieu de cette foule conquise à la cause, ce grand mec sur scène avec son dos vouté.

Casey c’est un mec avec une prestance qui pourrait me faire tomber dans les pommes comme une vierge effarouchée. Elle a le charisme des grands hommes, et la foi des repentis. J’aimerais ne pas avoir à justifier l’usage d’adjectifs masculins pour parler d’elle, mais pourtant c’est une réalité, cette fille est un homme, et cela en fait la plus parfaite des femmes. En écrivant ces mots, je me demande à quel point cela la rend libre des stéréotypes genrés. En fait, elle est aussi enfermée dans quelque chose puisque son choix de féminité est une réponse négative à ce qu’elle aurait du être, à ce que la société attend d’une femme. Elle fait référence à Aimé Césaire dans l’une de ses chansons, l’inventeur de la négritude. Et elle a inventé la féminitude. Et même si je ne suis pas certaine de la liberté que cela lui octroie, même si je ne pense pas qu’il faille gommer toutes les différences hommes/femmes, je l’admire pour ce qu’elle est.

Il me semble impossible d’apprécier pleinement Casey sans l’avoir vu sur scène. Sa voix et son flow sont loin d’être parfaits. Je dirais même qu’elle ne chante pas très bien. Il y a comme une infirmité dans son chant, mais ce n’est pas la joliesse qui est recherchée. Ce sont avant tout les mots qui de sa bouche rendent sa musique magique. Une incantation qui fait remonter de la foule l’énergie provoquée par trop de frustration. Lorsque j’écoutais Casey,  je savais que j’étais à la fois l’oppresseur et l’oppressée. Mais surtout, je savais que je n’étais pas seule. Et voilà qu’une telle rencontre refait naitre l’espoir.

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