Bukowski

Lire un ouvrage impacte toujours et mes pensées et mes écrits. Ligne 2 presque bondée, comme un samedi soir entre Nation et Pigalle, je lis Pulp de Bukowski. Je rentre dans mon quartier mais pas chez moi. Celui que je nommerai mon voisin ouvre la porte : « Je te préviens, je suis sale, je n’ai presque pas dormi cette nuit, et si cet estomac ne me faisait pas tant souffrir je serais probablement complétement bourrée au vin blanc ». Je suis là, parce qu’il fallait que je m’enfuie, que je parte, et avec lui je me dis que je ne m’attacherai pas, que je ne tomberai pas dans le panneau. De toute façon, je suis amoureuse, d’un mec avec qui j’étais ce soir. A cet homme pas plus tard qu’ hier, je disais : « Je préfère que nous ne soyons pas trop proches, car je serais bien capable de tomber amoureuse de toi, tout simplement parce que tu es génial et que tu n’es pas dispo, et cela fait déjà deux qualités qui rendent la piste bien glissante. Si en plus, on ajoute que tu te définis comme un gros connard, je sais que je suis déjà bien dans la merde. Alors, arrêtons de faire comme si de rien n’était et surtout, ne me tente pas ».

Mais là, je ne suis plus avec lui. Être dans une pièce avec lui et sa meuf qui en plus est des plus sympa, et ce n’est pas sa seule qualité, ne me semblait pas la meilleure des choses pour moi. Alors, j’ai tapé une dernière ligne de coke, j’ai tenté de boire un dernier verre de vin qui m’a détruit à nouveau l’estomac et je suis partie. Il faut que j’ajoute que ce mode de vie, à la Bukowski justement n’est pas  mon quotidien. Que depuis que j’ai vieilli, Parcimonie, que vous connaissez peut-être, m’accompagne souvent quand on me propose de la drogue quelle qu’elle soit. Mais cette phrase n’est plus vraie depuis deux semaines, Parcimonie est partie en vacances, surement pour prendre du crack en Martinique, alors moi, je ne dis presque plus non. À moins que ce soit parce que j’ai rencontré mon Bukowski, avec ses documentaires sur cette société que nous rêverions de combattre de la même façon, avec son besoin de dire : « Aujourd’hui, j’ai une ambition, être bourré à 16h« .

Oui, il joue un rôle, mais il fuit vraiment aussi. D’ailleurs, parfois c’est moi qu’il fuit. Parce qu’il n’est pas disponible, et qu’il y a cette fille avec qui il est depuis un an, que faute de lui faire du bien, elle l’empêche de se suicider et c’est déjà pas mal. En plus, elle est pas dégueu, presque parfaite pour lui. Jolie, fraiche, drôle, défoncée, assez cassée pour être intéressante. Contrairement à moi, elle possède cette qualité d’être couplable.  Ce  mot, je viens de l’inventer pour définir le fait qu’elle est capable de donner l’envie d’être en couple. D’ailleurs, il faudrait le prononcer avec une sorte d’accent anglais, pour que cela fonctionne mieux.

C’est pour toutes ces raisons que je me suis retrouvée au 5éme étage de cette petite rue de Pigalle, la mine pas fraiche, convaincue que là, il ne pourrait pas avoir envie de me sauter dessus, et que je finirai par rentrer chez moi ce soir. Mais c’était sans compter que si Mon Voisin voulait que je vienne c’était aussi pour oublier quelqu’un. Alors on est là, tous les deux, moi pour oublier mon Bukowski, lui pour oublier celle qui lui a fait comprendre qu’il n’était pas capable de se projeter avec une femme, et on parle. Parce que nous adorons parler. Bien sur, il y a cette table en verre, avec une trace de coke, un pochon de beuh, et cette vodka que je lui avais amené en début de semaine. Moi je ne peux toujours pas boire, et Parcimonie, s’est rappelée à mon bon souvenir. Je suis déjà assez défoncée par la journée que je viens de passer, et il me dit avec ses yeux, qu’il aimerait que je sois à poil dans son lit. Comme il a peur que je ne comprenne pas bien son jeu de regard, il le dit aussi avec des mots  » En fait j’aurais du te mettre à poil dès que tu es arrivée, parce que là, on s’enfonce dans des conversations qui ne s’arrêteront pas avant 3h du mat« . Le souci, c’est que je n’ai pas vraiment envie de lui, surement parce que je pense trop à Bukowski, et que sous mes airs de fille libérée j’ai besoin qu’on me prenne dans les bras.

Il tente une approche, se couche à coté de moi, et me dit : « En fait, on devrait baiser, parce qu’on se débrouille pas trop mal tous les deux. » Je lui explique que ce n’est pas ce que je désire là maintenant, et nous finissons par entamer une discussion sur son sentiment : « J’ai l’impression que ma sexualité est handicapée, qu’une partie de ma sexualité m’a quittée, et qu’à cause de ça, je suis maladroit avec toi. Pourtant, j’apprécie ces moments qu’on passe ensemble ». Il a tout compris, et c’est moi qui vais donner la sensualité nécessaire à ce moment pour que le terme sexualité puisse y être associé. Je le caresse, le long du bras, en lui parlant de sa tache de naissance, et lorsqu’il m’attire prés de lui, je lui provoque des frissons en baladant mes mains le long de son corps avec douceur. Parce que la question n’est pas la baise, mais le partage, et par ces gestes, je lui montre que nous sommes deux, et que quelque soient les Bukowski ou Anna Karenine que nous avons dans la tête, il faut que nos corps se rencontrent. Conscient de cette distance, du fait qu’il est trop porté sur lui, il s’attèle alors à me donner du plaisir, il se met à me toucher, tentant d’écarter mon entre jambe, il veut que je mouille, et ne se débrouille pas trop mal. Ses doigts glissent, se frottent, et au bout d’un moment, je pousse mes premiers gémissements, car je ne gémis jamais si cela ne va pas de soi. Je ne supporte pas l’idée de la simulation dans la sexualité. Pour moi , la simulation représente la négation du sexe. Je sens que son corps entier est porté sur ma chatte, que tout se passe là, et qu’il y est pleinement, je crois que c’est comme ça qu’il a fini par éveiller pleinement mon désir, en me montrant qu’il avait lâché prise. J’ai donc moi aussi glissée, et ne me suis pas  offusquée lorsqu’il me retourne, continuant à me caresser alors que je suis allongée sur le coté, ma vulve offerte sous un autre point de vue. À ce moment, ce n’est plus la même chose qu’il désire, et ces doigts voguent autour de mon petit cul ( il avait prononcé ces mots une fois précédente, mais ce n’est pas un homme qui parle quand il couche avec une fille ). Je sais à présent ce qui hante son esprit : l’idée de me prendre par derrière. Toute son énergie, ses pensées et même chaque cellule de son corps n’a que ce but, cette ambition, me posséder par ce petit orifice. Il y arrive un peu, mais cette fois, c’est moi qui ne peut lâcher prise, je ne suis pas totalement dans l’action, et il n’a pas assez donné pour que je m’offre pleinement à lui. Nous jouons un peu, je le laisse venir, espérant que mon désir finisse par s’accorder avec le sien, et je le repousse doucement, pour ne pas qu’il augmente la cadence, pour qu’il se souvienne que ce petit cul n’est pas acquis. J’ai fini par le repousser, pour profiter de ce qu’il me reste de mon excitation et ne pas me perdre dans mes pensées sur l’instant. Il veut que je le suce, je lui dit non en riant. Il comprend qu’il devra faire un passage par le lavabo. Lorsqu’il revient, je commence par prendre son sexe dans ma main, et il m’embrasse, j’aime la façon dont il pose ses lèvres sur les miennes, j’aime entendre nos souffles qui trahissent comme nous avons envie l’un de l’autre. Nos corps se sont rencontrés, c’est une certitude, pourtant, ce n’était pas gagné. Le faire venir avec ma bouche est aussi facile que de fumer une cigarette, et c’est surement le secret d’une pipe réussie, le désir. Je sais qu’il ne tardera pas à libérer le flux, et que le préservatif qu’il s’apprêtait à enfiler ne nous sera pas utile. Je suis ravie que cela se termine ainsi, avec ma langue qui continue à le lécher comme s’il s’agissait d’un magnum aux amandes et que je pourrais bientôt fumer cette cigarette post coït. Je n’ai pas joui, mais je n’en ai pas besoin, ce qui comptait, c’était que nos corps réussissent à se rencontrer, pour oublier un instant Bukowski.

Publicités