Le Dom Juan est-il une salope comme les autres ?

Tout a débuté avec une question, « Peut-on faire l’amour à une salope et baiser une princesse ?« . Je n’y donnais pas de réponse définitive, mais pleine d’espoir, j’imaginais un monde où ces catégories seraient entendues comme différents états des femmes. Réclamant une égalité des genres, je retournais la question « Et puis, moi, est ce que je peux baiser un prince charmant et faire l’amour à un Dom Juan ? » . La positive m’apparue comme une réponse évidente, m’attribuant fièrement la qualité d’être capable de sortir les hommes des catégories dans lesquelles ils seraient enfermés.

Dom Juan vs Casanova : battle !

Mais voilà, ma plume n’existe que parce qu’elle est lue, et je ne me lasse pas d’être contredite surtout par des hommes, car je ne prétend pas avoir une vision impartiale du monde qui m’entoure. Aussi, lorsqu’un lecteur/ami me soufflât « Sur ton blog tu parles de Dom Juan mais je pense que tu parle de Casanova. » je fut piquée au vif. « Mince, mon esprit brouillon, incapable de retenir les noms, a du mélanger ces deux mastodontes de la culture amoureuse !« . J’avouais rapidement que mon Dom Juan aurait du être remplacé par un connard pour répondre littéralement au salope du titre dédié aux catégories féminines.

Cette faute avouée ne résolve en aucun cas le débat. Quelles distinctions faire entre un Dom Juan et un Casanova ? Lequel des deux est un connard ? Puis, si connard est la symétrie masculine de salope, quelles en sont les conclusions ?

Tout d’abord, un peu de référence littéraire. Le choix du terme Dom Juan ne fut pas fait au hasard, bien que j’avoue m’octroyer un peu de légèreté lorsque j’écris en ces lieux. J’ai en effet débuté la relecture de « Éloge des femmes mures« , un merveilleux roman autobiographique de Stephen Vizinczey, dans lequel il nous livre l’histoire de sa relation aux femmes. Alors qu’il est désespéré de son insuccés auprès des femmes qu’il rencontre, il se plonge dans une recherche autour du personnage de Dom Juan. Il espère comprendre ainsi les leviers qu’il faudrait activer pour ne plus essuyer de refus auprès des femmes qu’il tente de séduire.

Il existe toujours un moyen de séduire une femme dit-on, et, comme je pensais être beau garçon et avoir du charme, je me dis que mon échec auprès d’Ilona était dû à un défaut de caractère ou d’intelligence de ma part. (…) Je tentais de sonder le mystère de la séduction en étudiant la littérature sur Dom Juan

Pour moi, et après lecture de la page wikipédia qui y est associée, ma construction semble proche d’une certaine réalité, un Dom Juan est un grand séducteur qui enchaine les rencontres amoureuses. Il y a également une notion de collection. Le Dom Juan est fier d’avoir séduit toutes ces femmes. Et c’est également ce que recherche le jeune Stephen qui est décontenancé par les refus successifs auxquels il fait face.

Dom Juan vs Salope

Mais la question vient plutôt du terme salope. Qu’est ce qu’une salope ? Une femme aux moeurs légéres ? Une collectionneuse ? Une femme qui jouit et qui n’en éprouve pas de honte ?

Ethymologiquement, le terme renvoie à une extrême saleté ( encore un fois, merci Wikipedia). Il y a également la notion de personne cassant les codes, et s’affranchissant des règles de la société. Quoi qu’il en soit, ce qui m’intéressait dans cet article, était les conséquences de la vision d’un homme envers une femme qu’il considère comme une salope. Est-il capable de lui faire l’amour ? Ainsi, est-il capable de saisir la complexité d’une femme dès lors qu’elle fut mise dans une case particulière ?

Si l’on se détache de l’acception négative, liée au lien étymologique avec la  saleté, une salope est surement une femme qui se comporte comme un Dom Juan.

Ce post est assurément un peu sérieux, ( il manque de détails sexy ), et enfonce à coups surs des portes ouvertes à défaut d’ouvrir des fenêtres sur cour. Il m’a surtout permis de me rendre compte que j’éprouve de l’empathie pour la personne qui se cache derrière le Dom Juan, le Casanova, le connard ou la salope. Qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, c’est bien souvent lorsque le comportement de l’autre est blessant qu’il sera « traité » ainsi. Soit qu’il ait manqué de sincérité sur ses attentes : « Tu es la plus belle fille de la soirée » cache bien souvent un « je rêve de te baiser » ce soir. Cette dernière formulation indique souvent un contrat implicite : « Notre relation sera  uniquement charnelle et ponctuelle« . Beaucoup d’hommes ayant peur de ne pas arriver à leurs fins s’ils sont dans cette sincérité, ils éprouvent le besoin de l’enrober de flatteries dans lesquelles même la salope, qui aurait pu dire « oui! » à cette promesse d’un soir, se laisse avoir. Ce Dom Juan devient alors un connard qui a camouflé ses aspirations premières. Quand à celle qui ose exprimer avec sincérité cette même volonté d’un rapport qui se nourrit uniquement par et pour le sex, elle ne méritera pas que l’on s’attarde sur sa psyché.

Encore une fois, il s’agit ici de stéréotypes, qui nourrissent notre rapport au monde. Des stéréotypes qui dans la pratique sont souvent dépassés, surtout lorsque le Dom Juan est mon ami/lecteur ou Stephen Vizinczey et qu’il se donne pour mission de comprendre les femmes.

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